La scène se passe dans une pièce infiniment grande et sombre.Une faible lumière trône au lointain plafond.
Sam semble vouloir aborder un sujet délicat avec son ami Mad. Il gesticule comme un enfant en plein caprice devant la carte d'un glacier. Ses membres lui servant de bras se déplacent dans l'espace à la seule force de leur poids. Il se cogne le poing sur la tempe dans un élan euphorique. Il regarde Mad avec un sourire qui ne lui appartient pas.
SAM - Tu sais, Mad, même si on ne voit pas le bout de cette pièce à cause de la faible lumière peut-être même de sa superficie, on sait que derrière il y en a une autre, derrière laquelle il y en a une autre, derrière laquelle il y en a une autre, derrière laquelle il y en a une autre... Et peut-être même encore une autre!
(anxieux) Tu crois qu'il y en a beaucoup ?
MAD - Quelle question! Où sommes nous?
SAM - Es-tu devenu sourd? Dans une pièce, infiniment grande et sombre.
MAD (calme) - Oui, mais où se trouve cette pièce?
SAM - Bah! Elle est sous tes yeux, enfin! Fais-tu exprès de m'énerver?
MAD (presque hautain) - Autour de moi il y a mon écharpe, mon polo, mon pantalon. Mais certainement pas cette pièce! (réfléchissant) Autour de moi, il n'y a que ce qui m'appartient.
SAM (moqueur) - Regarde un peu plus loin que... Que ce truc que tu as sur le pif qui ne ressemble à rien, mon pauvre Mad ! Combien peut-il bien y avoir de pièces par ici?
MAD - Ca dépend. Il faudrait savoir où nous sommes.
SAM - Savoir, savoir, pourquoi veux-tu toujours savoir des choses que tu sais déjà? Nous sommes...
MAD - Oui, je sais Sam, je sais. Une grande pièce lugubre. Mais est-ce une pièce de château provençal, de studio Parisien, de maison dans la campagne ou bien...
SAM (attentif) - Oui? Dépêche toi Mad, dépêche toi !
MAD - Ou bien une pièce de monnaie qui serait le trésor d'un pauvre, ou alors qui voyagerait de poche en poche, ou pourquoi pas de banque en banque? (Avec lenteur) On peut être partout. Mais il est certain que nous ne sommes pas nulle part.
SAM (dubitatif) - Tout ça ne me dis pas où se trouvent les toilettes.
MAD - C'est que tu ne me l'as pas demandé. C'est à cause d'une envie pressante que tu gesticules depuis tout à l'heure?
SAM (prêt à pleurer.) - Alors je te le demande : Mad, s'il te plait, indique moi les waters.
MAD (rêveur) - Désolé Sam, cette application ne fait pas partie de mes compétences. Cherche une plante à arroser.
SAM - Je ne comprends pas tout. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir trouver une plante dans cet endroit qui me paraît plus sombre encore que tout à l'heure. Puis un air frais me donne la chaire de poule, et je ne me sens pas chez moi ici!
MAD - C'est normal : tu n'es pas chez toi.
SAM - Peut-être chez toi alors?
MAD - Je n'ai pas de chez moi. Enfin je vis partout. Hormis ici.
SAM - Ah, tu crois qu'on est mort?! Comment serions nous mort?
MAD - Je ne sais pas. Tu étais amoureux toi? On dit que ça peut tuer.
Sam, gêné par la question, se tourne à trois quart afin que son ami ne voit pas le sourire qu'il esquisse.
SAM - Bof, je n'en sais rien. C'est quoi l'amour? (rire étouffé)
MAD - Je ne sais pas. Je crois qu'on ne le sait que lorsque nous le vivons.
SAM - Et tu ne le vis pas?
MAD - Je ne sais pas. Je ne sais même pas si je vis.
SAM - Hé ben mon vieux! Pour un philosophe tu ne sais pas grand-chose!
MAD - « Je sais que je ne sais rien. »
SAM - Je crois que j'ai déjà entendu ça quelque part.
MAD - Impossible, c'est la première fois que je le dis.
SAM - Pourtant ça me dis quelque chose! Ca vient de toi?
MAD - Oui. A moins que je ne l'ai lu quelque part.
SAM - Mais tu sais lire? Je te croyais pauvre!
MAD - La lecture et le savoir sont mes seules richesses.
SAM - Ben là tes richesses ne nous servent à rien. A part si tu as un plan qui peut nous indiquer l'emplacement du petit coin.
MAD (dans un cri) - Je me souviens ! C'est Socrate qui a dit qu'il ne savait rien.
SAM - Même pas où sont les toilettes?! J'ai eu un espoir...
MAD - Non, il ne le sait pas. En tous cas il ne me l'a pas dit. Mais il a dit qu'il ne savait rien. Enfin, qu'il savait qu'il ne savait rien, donc qu'il ne savait qu'une chose.
SAM (admiratif) - Et toi, tu sais quoi?
MAD (voulant faire preuve de supériorité) - Je sais lire. C'est déjà pas mal.
SAM (plus malin) - Et bien moi je sais que tu sais lire et que ton ami Socrate savait qu'il ne savait rien. Je sais donc plus de choses que vous.
MAD (vexé) - En tous cas on ne sait toujours pas où on est.
Sam coure chercher un endroit où se soulager et tombe dans un ravin suite à un pas de côté alors que Mad s'enfonce une branche dans la gorge jusqu'à n'en plus respirer sous l'effet de la frustration.
Antoine T.


